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M. l’abbé Aulagnier s’exprime.

lundi 9 juillet 2012, par Abbé Philippe Laguérie

"La Tradition sans peur" Abbé Paul Aulagnier, ed. Servir, 2000, p 132-134 (préface de l’abbé Philippe Laguérie)

A ce moment, vous êtes complètement submergé par vos différentes tâches. Vous n’entendez parler de la crise du séminaire d’Ecône que de loin...

C’est effectivement du Pointet que j’ai vécu les évènements de 1977. On peut dire en effet que la crise la plus importante qu’ait traversée le séminaire d’Ecône n’est pas à chercher dans les soubresauts qui l’agitèrent après la déclaration du 21 novembre 1974. En 1976, malgré l’été chaud, il n’y eu pas énormément de défections. C’est l’année suivante que nous eûmes en quelque sorte le choc en retour. Mgr Lefebvre se trouvait devant l’opposition sournoise de son corps professoral dans sa totalité (à l’exception de l’abbé Tissier de Malerais). Voilà ce qui s’était passé : à l’issue de l’année scolaire 1977, le chanoine Berthod avait écrit une lettre pour renvoyer neuf séminaristes, jugés trop durs dans leurs positions. Il y avait les deux jeunes abbé Jacques et Philippe Laguérie ainsi que les abbés Laffitte, Belmont, Lucien, Zins. La Fraternité se trouvait à la croisée des chemins ; non seulement le corps professoral avait écrit cette lettre de renvoi des neuf, mais il demandait également que Mgr Lefebvre veuille bien s’éloigner du séminaire. Je me souviens de la visite au Pointet de M. l’abbé Denis Roch, économe général, très proche de Monseigneur à l’époque. Nous devisions dans le parc sur la situation du séminaire et sur l’attitude de ce corps professoral. Qu’allait faire Mgr Lefebvre ? Je me souviens d’avoir dit à Denis Roch : « Si le corps professoral est maintenu, je donne ma démission ! »

A l’époque, Monseigneur Lefebvre était dans une grande incertitude. Il ne voyait pas comment régler le problème, car, si ces neuf séminaristes dont le corps professoral demandait le renvoi étaient valeureux et dignes d’estime, ils n’étaient pas sans excès, et, sous un certain rapport, cette décision des professeurs, on pouvait la comprendre. C’est en tout cas, je m’en souviens, ce qui ressortait d’un coup de téléphone que me donna le prélat alors qu’il revenait de Colombie. Devant cette hésitation, j’étais étonné, et, comme il me demandait mon avis, je lui répondis du tac au tac, avec une audace qui m’étonne encore rétrospectivement : « Pour moi, c’est clair comme de l’eau de roche, ce sont les professeurs qu’il faut « foutre » dehors. » Monseigneur ne fit aucun commentaire, n’exprimant ni reproche ni adhésion. Le lendemain, il reçut tout le corps professoral qui avait demandé audience. Il voulait venir en groupe ; Mgr Lefebvre ne le voulut pas et les reçut les uns après les autres. D’abord l’abbé Gottlieb, puis l’abbé Blin, puis d’Argenson, puis le chanoine Berthod. Mgr Lefebvre fut vivement critiqué dans son gouvernement. On lui reprochait de laisser pourrir les situations et d’intervenir trop tard. Il reçut des remarques très désobligeantes.

Sur ces entrefaites, notre fondateur voulut muter l’abbé Gottlieb, pour l’éloigner du séminaire. Ce dernier refusa et décida de quitter la Fraternité. Et tous de le suivre ! Ils partirent pour la Vendée, à Loublande, auprès de Claire Ferchaux, dans une propriété appartenant à la famille Quatrebarbes. Lorsque Mgr Lefebvre me fit un compte rendu circonstancié de cette très douloureuse situation, je le sentis profondément peiné, car il s’attachait aux personnes, et tout départ était pour lui une souffrance insigne. Par cette décision des professeurs, qui se retiraient d’eux-mêmes, en quelque sorte, Mgr Lefebvre sauvait la Fraternité saint Pie X, car si cette équipe était restée, tôt ou tard, c’est lui qui aurait été obligé de quitter sa propre fraternité. Et l’on a vu l’évolution de ce corps professoral : Gottlieb, d’Argenson ou Blin ont rejoint l’Eglise conciliaire. Seul, le chanoine Berthod resta proche de notre combat : il assura un apostolat dans la région de Lausanne et peu à peu revint aux ordinations. Puis, à l’invitation de l’abbé Lorans, supérieur d’Ecône, il déjeuna à la table même de Mgr Lefebvre qui le reçut sans aucun problème. Mgr était un homme sans rancune...


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