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Requiem pour Darwin

jeudi 5 mars 2009, par Le secrétaire

Dans le TGV qui me ramène, l’autre jour, de Paris vers ma chère paroisse bordelaise, je suis à court d’arguments : j’ai fini mon bréviaire et achevé à l’aller le bouquin trop mince que j’avais emporté. Je feuillette donc la revue du TGV, (Dieu me pardonne), un mélange de niaiseries, inoffensives pour la plupart et puériles dans leur ensemble. Mais là, bonne surprise ! Ce magazine politiquement correct ( SNCF oblige, forcément) fait une belle "pub" sur un livre à paraître fin-janvier. L’auteur : Jacques Arnould (rien à voir avec le chœur Mont-joie Saint-Denis !). Le titre : "Requiem pour Darwin" ! Je n’en crois pas mes yeux...Le train de l’histoire enterre Darwin à grande vitesse.

Mon sang ne fait qu’un tour : je suis un optimiste incorrigible, jusqu’à la naïveté, et impénitent, ne vous déplaise, quoiqu’il en coute. Les français, qui ont toujours 15 années de retard sur les américains, savamment et bêtement entretenues on dirait, viennent enfin de s’aviser de la vétusté congénitale de la théorie darwinienne et sacrifient enfin un peu de leur honneur à la vérité. Après tout, si les américains ont mis 80 ans à contester le dogme du grand "Charles" (Je songe au magistral bouquin du prix Nobel de Physique Michaël Denton dont les 15 chapitres fournissent 15 réfutations définitives et chacune suffisantes du darwinisme), n’allons pas nous étonner que le pays des droits de l’homme, plutôt que de devenir en bonne logique celui du droit des singes, aille humblement s’aligner sur le "Big Brother".

A peine donc descendu de mon train, j’allais dire de mon arbre, mais non point encore de mes illusions, je commande le bouquin "en face", l’obtiens très rapidement et m’apprête à le dévorer dans la nuit. Une telle suite de prodiges augure d’une très bonne nuit : je calle mon oreiller, ajuste bien mon spot et commence mon rêve tout éveillé. Patatras : à peine passé les 11 heures je dois bien déchanter : ce "Requiem" est une oraison funèbre, certes, mais sous forme de panégyrique mortel d’un jeune académicien qui se doit bien de faire l’éloge coute que coute de l’immortel qu’il remplace. Je m’attendais à un bon Denton à la française, me voila condamné à subir un mauvais Jacob ou un Monod à l’américaine.

L’auteur n’est pourtant pas le premier venu, loin s’en faut. Jacques Arnoult est docteur en histoire des sciences et docteur en théologie ; chargé de mission au Centre national d’études spatiales, sur les dimensions éthique, social et culturelle des activités spatiales. Il a une très bonne plume et il le faut bien pour tenter un bon roman historique sur Darwin. La lecture reste facile, malgré le propos légitime de n’enter jamais dans le fond des controverses : il ne faut jamais désavouer Darwin, c’est décidé et sans doute imposé. On y sens même une affection pour l’ancêtre qui est presque touchante et son Darwin en devient fort aimable, "bien urbain" dirait mon avocat. C’est là tout le mérite du livre ; au lieu de nous montrer l’audace et les limites de la théorie sur l’origine des espèces, il s’attache à décrire un homme bon, naturel, affable : la théorie de Darwin sauvée du naufrage par l’homme Darwin. C’est tout de même un aveu appréciable, même si l’auteur n’y est pas toujours convainquant, et pour cause.

Jugez plutôt : quand Darwin se demande s’il va se marier ou non, ( en 1838, 20 ans avant l’Origine des espèces de 1859, avant le " Beagle" et les Galápagos) en bon fils des jésuites qu’il est, il établit sur deux colonnes les avantages et les inconvénients, selon une méthode bien connue des fidèles des exercices spirituels de Saint-Ignace. Dans la colonne "se marier" (avantages) on découvre ces perles : "compagnon permanent, amie une fois l’îge venu, qui s’intéresse à vous, objet à aimer et avec qui se divertir, mieux qu’un chien de toute façon...Maison et quelqu’un pour la tenir, Charmes de la musique et bavardage féminin. Choses bonnes pour la santé, mais terrible perte de temps. Il est intolérable de passer sa vie entière comme une abeille ouvrière à travailler, travailler et rien d’autre". Ou encore (inconvénients) : "Je ne pourrais pas aussi bien faire de la zoologie systématique...Pas d’enfants, pas de seconde vie, personne pour s’occuper de vous l’îge venu...Liberté d’aller où l’on veut...Perte de temps-ne pas pouvoir lire le soir, gras et oisif, anxiété et responsabilité, moins d’argent pour les livres...Si beaucoup d’enfants, forcé de gagner son pain. Mais alors, très mauvais pour la santé de travailler trop. Peut-être ma femme n’aimera pas Londres ; alors la sentence est le bannissement et la dégradation avec une sotte indolente et oisive..." (Op. Cit p.130 à 132). Sans commentaire et merci à l’auteur de son honnêteté.

Sur le fond, on reste continuellement sur sa faim. Jacques Arnoult n’est pas un scientifique dans les matières concernées par la macro-évolution progressive de Darwin. Nul ne saurait légitimement le lui reprocher. Reste qu’il pourrait distinguer les sciences et ne pas passer de l’une à l’autre sans crier garde, grande faille de tous les scientifiques expérimentaux. Qu’on nous comprenne bien : que les hommes de science élaborent des théories pour rendre compte de la constatation vérifiées des faits et même pour solliciter le réel et provoquer de nouvelles expériences est parfaitement légitime. Mais que ces théories, qui ne sont que des hypothèses de travail, soient érigées en "vérités" et fassent intrusion dans la philosophie ou la théologie est tout à fait inadmissible. Il n’y a pas de vérité scientifique au sens stricte ; il n’y a qu’un jugement inductif de probabilité du phénomène suivant. Ca n’a jamais fait une "vérité", même s’ils mathématisent leurs hypothèses-schémas. En bons Kantiens que vous devriez-être, occupez-vous des phénomènes et n’allez pas solliciter les noumènes, surtout après nous avoir garanti leur inconnaissabilité ! Si la métaphysique n’existe pas, de grâce, n’en faites pas : c’est bien aussi difficile que vos investigations. C’est pourtant presque toujours l’écueil des "scientifiques" : sortir de leur domaine de compétence, quand ils ne se font pas champions de thèses où ils sont nuls.

Il y a deux "voies" pour récuser le darwinisme : comme erreur scientifique, parce qu’elle contredit un nombre impressionnant de faits ; comme erreur philosophique, parce qu’en ce domaine elle nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Je laisse à d’autres le soin d’étayer les premiers, me contentant de les énumérer : la disparition et l’apparition des espèces sont rapides, brutales et inexplicables ; les délais de temps qui seraient requis à cette prétendue mutation créatrice dépassent infiniment les repères connus ; la sélection naturelle existe bien mais elle trie, élimine, tue les plus faibles (pas charitable ni démocratique pour un sou et même carrément nietzschéenne) précisément et sélectivement les déviants ; elle ne saurait créer les mutants, elle les fait plutôt disparaitre ; elle stabilise les espèces et arrache l’ivraie avant la moisson ; les chainons sont partout manquants, par manque universel de chainon ; les diversifications observées ( plus de reproduction, chromosome en moins, comportement différent) conservent toujours l’identité de l’espèce ; la génétique moderne explique très bien cette micro-évolution par le brassage reproductif des gènes ; tandis que la tératologie(science des monstres) et le dossier malheureusement très fourni des maladies génétiques (entre 7 à 8000 connues aujourd’hui) montre une macro-évolution régressive et dégénérante...Quant aux théories de Jean Chîline (Gènes-architecte) ou celles de Shuffing (Brassage des exons) elles ne démontrent rien, bien au contraire on va le voir, parce qu’elles supposent et ramènent une direction de l’intelligence, celle des "petits génies" que sont leurs auteurs. Elles étayeraient davantage la main-mise du Créateur...

Et ainsi nous en arrivons à la critique radicale et définitive du darwinisme : la proscription d’abord puis le retour miraculeux, jusqu’à l’over-dose, de la finalité. La finalité n’est pas l’intention comme le croient les non-philosophes, sur des critères psychologiques premiers : je prends mon tourne-visse, plutôt que mon marteau, pour démonter mon carburateur. La finalité est inscrite au plus intime des choses comme le pourquoi de leur forme, de leur être si vous voulez. C’est le tourne-visse lui même qui est conçu, finalisé, comme il est pour pouvoir dévisser et non pour frapper. La finalité ainsi conçue, même si elle est extrinsèque à la chose, détermine fondamentalement cette chose telle que ; elle est une cause de cette chose. Bien-sûr qu’il y a, derrière cet exemple manufacturé, l’intelligence de l’homme qui a pensé la visse, le pas de visse, la tête de visse (fendue, cruciforme, allène etc.) et conséquemment l’outil adéquate pour visser et dévisser le tout. Cela n’empêche absolument pas que toute chose, sans aucune exception, est ainsi finalisée, sous peine d’inexistence. Ce n’est pas l’homme qui a conçu le soleil (quel prouesse déjà) sa distance variable, la terre, sa rotation sur elle-même, inclinée de surcroit, son incroyable mouvement autour du soleil etc. Alors, nous disent ces gens malades, il n’y a plus de finalité parce que l’homme et son intelligence ne sont pas derrière. La finalité est dans toute chose, absolument, sans exception et détermine au plus intime de chaque chose, sa forme, son être, sa raison d’être, son existence. Là seulement, l’intelligence, humaine entre autres, a prise sur les choses et définaliser l’être c’est le réduire, non pas à l’absurde, mais au non-être. Ce ne peut jamais être une théorie scientifique : ce sera toujours une attitude philosophique. Existentialisme, nihilisme, darwinisme ou mille autres systèmes du gigantesque cimetière de la philosophie, appelez-le comme vous voulez : il s’agit toujours d’une révolte monstrueuse de l’intelligence contre son propre fonctionnement. L’athéisme est le principe de base d’un négateur de la finalité, ou, plus exactement, la négation de la finalité est la face avouée d’un athéisme de principe. Car nous savons que la finalité établie par l’homme dans les choses implique l’intelligence de l’homme aussi bien que la finalité de toutes les autres implique l’intelligence de Dieu. Dès l’usage de la raison, les enfants découvrent et apprennent les choses par une question bien plus récurrente que le banal "qu’est-ce que c’est" mais plutôt par le génial " à quoi ça sert". Il s’introduisent au mystère de l’être, qui dépasse infiniment ses causes matérielle et formelle, et par les causes finales débouchent sur la cause efficiente de toutes choses.

Et voila le péché radical et définitif du transformisme darwinien : il est une imposture permanente contre l’intelligence. Car imaginer un processus créatif dont la finalité est absente et même refusée, c’est faire irruption dans la philosophie et en détruire les principes premiers. Le seul Darwin supportable est le vrai scientifique : le botaniste et le zoologue...sans sa théorie donc. Surtout que cette finalité d’abord évacuée va nous faire un coming-back incessant et miraculeux ; déguisée en hasard, la voilà qui, d’un coup, explique à peu près tout. A chaque mutation progressive qui ajoute le nouvel élément, la nouvelle petite pierre à la construction du tout organique, il n’y a aucune cause, aucune ! Darwin avait justement abandonné le principe lamarckien qui puait sa finalité à plein nez : la fonction crée l’organe. Il était plus intelligent (comprenez plus pervers) que son devancier. Puisque je dois voir un jour (je veux voir, tant qu’on y est) il va me pousser un œil. Patience, ça ne devrait prendre que quelques dizaines de milliards d’années, mais il faut y croire. En attendant la formation d’un globe, la modification requise du squelette, la formation d’une cornet, d’un cristallin, du corps vitreux (ce ne devrait pas être long !), de la paupière, des glandes lacrymales, des muscles dans tous les sens, mais surtout de la rétine (là, patience : 1 200 000 cellules optiques qui transforment la lumière en influx nerveux sur une épaisseur invisible...à œil nu), du nerf optique et surtout (car il y a beaucoup plus compliqué que l’oeil) les terminaisons cérébrales qui se connectent au sens commun, à l’imagination, à la mémoire...Je suis aveugle tout ce temps et n’en cherche pas moins la vue. Le temps ne fait rien à l’affaire, aurait dit Molière, soit. A chacune des milliards de micro-évolutions nécessaires, toutes bénéfiques, quel optimisme béat, (vivables et transmissibles, sinon tout est à refaire) il n’y a d’autres explications qu’une absence radicale d’explication. Lamarck au moins, nous fait sourire gentiment, avec sa finalité omniprésente et enfantine. Mais Darwin se fiche de nous ouvertement avec son hasard plus créatif encore que sa finalité absente ! Remarquons que l’un comme l’autre, n’auraient pu s’en sortir que par une intervention permanente de Dieu, un miracle à jet continu ! Ils ne l’ont osé ni l’un ni l’autre, préférant, en bonne logique, chasser Dieu d’un univers dont ils avaient banni la finalité. Aurons-nous jamais le fin mot du processus créationnel des espèces et comment Dieu s’implique dans les finalités qu’Il soutient ? Pas sûr. Mais ce n’est pas une raison, en attendant, pour nous raconter des sornettes.

D’ailleurs, et quelque soient les précautions prises par Jacques Arnoult, Darwin est très vite un "sans Dieu". Dès ses premières élaborations de sa théorie générale, bien avant l’Origine des espèces, il perd la Foi, de son propre aveu, et doit s’en ouvrir à sa future femme. Cette dernière en fera la souffrance de sa vie, dans une abnégation, une offrande, une délicatesse qui en font une très grande dame et une chrétienne remarquable. Celui dont la théorie allait être imposée, par la force et le mépris, comme un dogme à toutes les écoles et les universités pour plus d’un siècle et faire perdre la Foi à des générations innombrables, a commencé par la rejeter lui même aussitôt. Les charmes pathétiques et presque bucoliques décrits par Arnoult d’un Darwin assidu aux offices, mêlé aux œuvres caritatives, grand ami de son curé et pleurant volontiers aux lettres de sa douce femme (quelle intelligence chez celle-ci et quel muflerie chez celui-là) ne trompent que le lecteur superficiel. Avec Charles Darwin on a affaire à un dévastateur consciencieux, drapé fièrement dans son aura de scientifique (justifié en grande partie) et athée impénitent jusqu’au bout, malgré les larmes les supplications et les prières de sa femme exceptionnelle (plus fidèle qu’un chien !) et les interventions de ses amis, non athées comme lui.

Il est quand même plaisant de constater que le darwinisme ne trouve plus guère de ressources que dans le romantisme sur la personne de son fondateur et que, malgré l’évident talent de ses romanciers, il n’est guère plus convainquant dans sa vie que dans ses œuvres. Souhaitons-lui le repos, tout de même, mais éternel cette fois-ci.

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