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Rite propre et exclusivité.

mercredi 14 novembre 2012, par Abbé Philippe Laguérie

Extrait du décret d’érection de l’Institut du Bon Pasteur (8 septembre 2006) :

« Enfin, aux membres de cet Institut, elle (la Commission Ecclésia Dei) confère le droit de célébrer la liturgie sacrée en utilisant, et vraiment comme leur rite propre, les livres liturgiques en vigueur en 1962, à savoir le missel romain, le rituel romain et le pontifical romain pour conférer les ordres, et aussi le droit de réciter l’office divin selon le bréviaire édité la même année. »

Extrait des statuts approuvés le même jour :

« Le rite propre de l’Institut, dans tous ses actes liturgiques est le rite romain traditionnel, contenu dans les quatre livres liturgiques en vigueur en 1962, à savoir le Pontifical, le missel, le bréviaire et le rituel romain. » (I, 2)

« La fin générale de l’Institut est la gloire de Dieu par la perpétuation du sacerdoce catholique tel qu’il a été reçu du Christ le Jeudi Saint et transmis à ce jour dans l’héritage du Siège de Pierre, comme en sa source. L’Institut affirme sa profonde romanité, parce qu’il est soucieux de préserver la Tradition de l’Eglise dans sa permanente actualité. » (II, 1)

« La fin particulière de l’Institut est l’exercice complet du sacerdoce, dans la hiérarchie et la tradition catholiques, selon une forme de vie adaptée à sa mission et dans le secours privilégié d’une vie commune tout ordonnée à l’apostolat. Il suppose une fidélité entière au Magistère infaillible de l’Eglise et l’usage exclusif de la liturgie grégorienne dans la digne célébration des Saints mystères : « La bienheureuse Passion, comme la Résurrection des enfers, mais aussi la glorieuse Ascension de ce même Jésus-Christ notre Seigneur (Canon Romain). » (II, 2)

C’est cette dernière phrase de nos statuts qui fait couler tant d’encre depuis un an. Je laisse volontairement de côté, aujourd’hui, la scandaleuse utilisation polémique qui en a été faite à des fins électoralistes par des adversaires sans scrupule… Ils en rendront compte à Dieu.

Elle présente une maladresse (j’en suis l’auteur et peux bien l’avouer) et rien d’autre qu’une maladresse. Elle suggère que l’exercice plénier du sacerdoce catholique (…) suppose l’usage exclusif de la liturgie grégorienne. Sans doute cette remarque ne prétend légiférer que pour les seuls prêtres du Bon Pasteur. C’est exact. Mais sa lecture par d’autres, prêtres en particulier, qui n’auraient pas ce droit propre et exclusif donnerait à entendre qu’ils sont, de ce fait, radicalement inaptes à l’exercice plénier du sacerdoce catholique ! Ce ne fut aucunement l’intention de l’auteur (Le sens d’un texte, dit saint Thomas est toujours celui-ci : « quod auctor intendit », ce que l’auteur a voulu dire), je le garantis. En écrivant les statuts du Bon Pasteur, j’ai légiféré pour les prêtres qui s’y trouveraient un jour et non pour les innombrables autres que j’aurais privé radicalement de l’exercice plénier du sacerdoce…

Et c’est tout. Cette remarque, voilà cinq années que l’abbé Héry, mon assistant, l’a formulée avec mesure et sagesse, sans qu’il soit jamais à l’ordre du jour de remettre en question l’exclusivité énoncée.

Puis vint la visite canonique et ce fut la première fois, le 19 décembre 2011 à la Rivardière, que le Cardinal J.P. Ricard, se faisant l’écho anticipé de la Commission romaine, formulît cette volonté de nous voir retirer l’exclusive de nos statuts. Les tractations précédentes sur ce sujet n’ont jamais existé que dans la tête de l’abbé Carusi dont on sait à présent qu’il n’est pas à une invention près. Dans le rapport de la visite canonique, publié fort à propos sur le net par l’entremise de celui qui voulait accuser « les dirigeants » de l’Institut de trahison et empêcher les accords de la Fraternité saint Pie X avec Rome (le même), il est clairement demandé de retirer l’exclusive.

Je n’ignore pas les intentions malsaines qui président au changement de ce petit mot. Elles m’ont été clairement été signifiées par plus d’un évêque et par le personnel de la Commission. Il s’agit bien de nous faire célébrer ou concélébrer la nouvelle messe de temps en temps, comme ça, en passant, pour faire plaisir…

De cela, il n’en est pas question, pour moi ou pour un autre. J’ai simplement affirmé que la notion de rite propre, qui est dans nos statuts, dans le décret d’érection et dans le droit canon est une notion bien plus forte que l’exclusive. Parce que canonique, tout simplement.

« Le ministre célèbrera les sacrements selon son rite propre » CIC 846 §2

S’il faut maintenir l’exclusive contre les menées perverses de ceux qui veulent l’ôter, alors il n’aura pas de meilleur « propugnator » que moi. Et non point ces jeunes tard venus qui n’ont soutenu encore aucun combat…ni remporter la moindre victoire que celle de mettre la pagaille.

Il aurait fallu un chapitre paisible, uni, fort et cohérent, derrière ses fondateurs. Ils ont choisi la voie de l’insurrection et de la révolution depuis un an. Ambition, quand tu nous tiens.

Mais ni l’une ni l’autre formule n’empêchera un traître de célébrer dans le rite de Paul VI. Il se mettrait de toute façon dans la désobéissance à ses statuts et…Rome l’y soutiendrait, hélas, contre les engagements de 2006. Si demain, à Dieu ne plaise, l’abbé Perrel ou l’abbé Carusi, par je ne sais quelle démangeaison de brillante carrière ecclésiastique, se mettait à célébrer dans le rite rénové, (ou dans le rite Syro Malabar) croyez-vous bien que ce soient les statuts qui les arrêteraient, quand ils les piétinent déjà si allègrement ? Rien ne remplace les convictions…Une absolue garantie de droit contre le mal : un vieux rêve des hommes ; surtout que l’un d’entre eux compare volontiers le droit canon à une peau de (censuré) extensible à l’infini. Belle garantie !

Un exemple célèbre. Pendant le chapitre, l’abbé Perrel m’annonce qu’un séminariste de Courtalain vient d’annoncer son départ du séminaire au motif « qu’il ne veut pas renoncer à célébrer la nouvelle messe » comme dit si pudiquement le mail de l’abbé Perrel. Il n’en a pas moins signé, un mois auparavant et avec tous les autres, la scandaleuse pétition collective et spontanée des séminaristes qui donne des ordres au chapitre à venir…de ne surtout pas toucher à l’exclusive ! On se croyait à Issy Les Moulineaux en 1968. Comprenne qui pourra. (À suivre)

Messages

  • Cher Monsieur l’Abbé,

    Merci de ces explications précises.

    Que d’agitations pour rien ! Mais cela montre aussi l’attachement important des fidèles pour votre oeuvre.

    Continuez, je vous en supplie, dans cette voie ferme et prudente..
    Résistez aux sirènes "conciliaires" et aux compromis douteux, comme vous avez toujours fait.
    Avec mes respectueux sentiments

    M. Pantaraut

  • Cher Monsieur l’abbé,
    Merci pour ce magnifique coup de barre qui nous remet le vent en poupe.
    Il n’y a qu’une chose dont nous n’ayons pas l’exclusive, c’est l’héritage de Mgr Lefebvre fort mis à mal cet été. Rien ne doit être épargné pour en garantir la pérennité.
    Une chose est certaine : la fondation du Bon Pasteur est antérieure au Motu Proprio SP. Que l’on cesse de faire croire que nous serions concernés. Que Dieu vous garde et vous bénisse.
    Jacques Desmé

  • Félicitations, cher Monsieur l’abbé, pour votre réélection à la tête de l’Institut qui reste entre de bonnes mains.
    Effectivement, l’usage de l’adjectif "exclusif" n’était pas heureux, puisqu’il il était déjà fait mention de rite "propre", ce qui infère l’idée d’exclusivité, selon la définition qu’en donne Littré : "Qui appartient exclusivement à une personne, à une chose". Tempête dans un verre d’eau, donc.
    En outre, parler d’usage exclusif de la liturgie grégorienne est lourd d’ambiguïtés : la messe de Paul VI peut très bien se célébrer avec du chant grégorien de l’introït jusqu’à la communion ainsi que l’ordinaire.

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