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Spécificité de L’I.B.P.

mercredi 27 mai 2009, par Le secrétaire

Une chose m’étonne toujours et encore : pendant deux ans, un certain nombre de personnes ont réclamé à cor et à cri la publication de nos statuts, laissant à penser que notre délai cachait je ne sais quel alinéa inavouable. Puis, quand nous les avons publiés sur le site officiel et avec une publicité convenable... ils n’ont fait l’objet d’aucun commentaire de la part de cette clique si bien intentionnée. Je remercie ces gens : leur bruit d’avant comme leur silence d’après témoigne assez de leur absolue mauvaise foi de toujours.

Car au delà des querelles de personnes qui sont toujours aussi stériles que nuisibles, on voudra bien considérer que l’Institut du Bon-Pasteur se définit par ses statuts, avalisés par le décret d’érection et l’Autorité du Saint-Siège. Et par rien d’autre. Il n’est question, par après, que de fidélité ou non à ces statuts, dont l’examen ne relève ni d’un prêtre, fût-il du Bon-Pasteur, encore moins d’un laïc (!) mais des seuls supérieurs majeurs du-dit Institut. Vous pouvez donc "causer " autant que vous voulez sur l’Institut, vous ne l’engagez pas. Il n’est jugé que par ses statuts...que vous ne citez jamais parce que vous les ignorez. Quant aux digestions et autres transits intestinaux de tel ou tel, je m’en moque simplement, éperdument, définitivement. Si d’aucuns estiment en conscience devoir retourner à la FSSPX parce qu’ils avaient simplement imaginé un simple "remake" breveté, libre à eux. Le brevet ne fait pas tout, même s’il est fondamental au sens étymologique de radical.

Qu’il y ait une immense base commune, un genre nécessaire de toutes les sociétés cléricales : mais c’est une évidence ! L’exercice du sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’elles s’efforcent toutes (on le suppose) de promouvoir dans les meilleurs conditions, comporte un socle impéré qui n’est rien d’autre que l’institution du Seigneur et sa mise en œuvre dans l’Eglise. Mais qu’il y ait aussi une spécificité légitime et souhaitable n’est pas moins évident. Genre prochain sans doute mais différence spécifique obligée.

Les traits communs des statuts respectifs de la FSSPX et de l’I.B.P. sont donc très nombreux, jusqu’à des citations intégrales de Mgr Lefebvre (ex : "la bonne mère du ciel..." ). Et c’est inéluctable, heureux. Qu’il y ait aussi de très notables différences, également.

L’esprit sacerdotal, entièrement centré sur le mystère du Christ-Jésus et le renouvellement de son sacrifice rédempteur se retrouve ici comme là. A la lettre, l’esprit "essentiellement missionnaire" (autre terme repris !) aussi. A ceci près que le chapitre de 1994 de la FSSPX en a donné une herméneutique si particulière qu’il en a changé totalement l’esprit sans oser en toucher la lettre : cette expression désignant alors la vie commune et fondant son efficacité sur la seule prière (comme Sainte Thérèse, par exemple, patronne déclarée des missionnaires). C’était le droit le plus stricte de la FSSPX en son organe suprême : le chapitre général légiférant légalement. Mais il fallait tout de même avertir les membres qu’ils aient individuellement à confirmer leur engagement sur cette base contractuelle substantiellement différente. Ce qui, pour n’avoir pas été fait, a produit les ruptures et les renvois qu’on sait. D’autant qu’en bonne logique, l’efficacité des dits missionnaires résident alors intégralement dans leur prière, ils devenaient des religieux. On le leur fit bien savoir, comme dit La Fontaine, en s’octroyant brusquement sur eux un pouvoir dominatif parfaitement invalide : ils eussent dû, pour cela, prononcer des vœux. Quant à ceux qui persévérèrent dans les termes des engagements qu’ils avaient signés, on les débarqua. Qu’ils soient dedans, qu’ils soient dehors, "on mit les plaideurs d’accord en les croquant l’un et l’autre" ! (idem sup)

Je ne suis plus concerné par tout cela et je souhaite le meilleur à "notre" bonne vieille FSSPX, à laquelle je dois tant. Mais quand j’entends que l’I.B.P. serait la même chose, autorisée, je crois rêver. Ce sont les nostalgiques qui rêvent, pas nous. Pour se conformer, ad mentem, aux statuts de la FSSPX, il faudrait déjà savoir lesquels : avant ou après 1994 ?

Sur les points précédents, l’I.B.P. serait bien plus proche de l’original.

Mais beaucoup d’autres en font une réalité foncièrement différente de l’actuelle Fraternité ; que ça plaise ou non, c’est comme ça.

Que ce soit théologiquement. Exemples. Avec le Canon Romain, nous incluons la Résurrection et l’Ascension du Seigneur dans les "Saints Mystères" : on l’a vu nié explicitement par Mgr Tissier et très mal vécu un peu partout. Et ça vous change radicalement la vie (spirituelle) d’un homme. Nous travaillons à une interprétation du texte du concile Vatican II qui permette d’en préciser le seul sens acceptable au regard de la Tradition Catholique, plutôt que de répéter sans cesse que la liberté religieuse, l’œcuménisme et la collégialité sont des fléaux. Ils le sont, en effet, tels que vécus encore au quotidien. Mais répéter cela pendant encore quelques décennies nous parait totalement stérile quand, parallèlement, on ne s’efforce pas de sortir des ornières. Policièrement parlant Il faut oser poser la question : à qui profite la crise ?

Que ce soit canoniquement. Nous recevons le droit de l’Eglise et le respectons comme tel. Je pourrais citer de nombreux exemples en lesquels ce sont nos adversaires qui en font fît. A commencer par l’application de Motu Proprio, mais aussi dans l’exercice de la juridiction ecclésiastique. Les ingérences indues et illicites d’une juridiction à l’autre sont monnaie courante aujourd’hui et presque un système généralisé de domination...

Que ce soit pédagogiquement, dans le cursus de la formation des séminaristes. Je ne reviendrai pas sur les motifs de mon renvoi de la FSSPX en 2004. N’empêche qu’ils recèlent un fondement (d’accord ou pas d’accord) qui ne s’est pas magiquement envolé et demeure bel et bien dans le cursus imposé ici ou là. Nos étudiants apprennent les bases réalistes de la philosophie et de la théologie, indispensables à une formation critique et à un amour du vrai qui ne se trouve que là. Mais ils sont initiés aussi aux systèmes de penser actuels, non pas seulement en une réfutation faite de l’extérieur d’un près à penser qui ne colle pas, mais en pénétrant ces erreurs dans leur ressort intime qui est celui d’une incommensurable vanité. A de très rares exceptions, le philosophe moderne éructe son moi instantané et n’intéresse personne que...lui. Mais il est dangereux. Il n’y a pas que Kant à réfuter, d’autant que l’ennui mortel que suinte ce philosophe le rend bien moins nuisible, tellement rébarbatif... Notre exégèse s’efforce de reprendre à bras le corps le texte sacré et d’en presser existentiellement la moelle, qui est le mystère du Christ. La prédication étant devenue un peu partout conventionnelle et pusillanime, il faut réactualiser impérativement notre lecture du texte sacré pour rendre au Saint-Esprit les marques et la liberté de sa violence historique... A plusieurs reprises, Mgr Lefebvre voulut supprimer de ses séminaires le cycle classique des traités de philosophie et de théologie au profit d’une lecture commentée de l’Ecriture et des Pères...eh oui ! Les vieux, dont je suis, vous le diront. Il n’est jamais passé aux actes (trop d’oppositions) mais cette intention en dit long sur sa volonté de concentration sur l’essentiel et la hardiesse de ses vues pédagogiques...Vous comprenez qu’aujourd’hui les petits ignorants que titillent notre audace m’amusent beaucoup. Je partage avec Saint-Bernard et Mgr Lefebvre cette conviction que tout, sans exception, doit nous ramener au Christ, unique clef de notre destinée. Et que, de près ou de loin, aucune science n’a de consistance, qui ne nous parle de Lui. Pourvu, évidemment qu’on mesure aussi ce "de loin". J’ai su, autrefois, réduire les "baralipton" en "Bocardo" ou "Barbara", assez bien, au dire de mon professeur. Mais, passés mes dix ans de sacerdoce et la fulgurance de l’élan initial, j’ai du me débrouiller presque seul à redécouvrir, souvent à découvrir, " l’insondable richesse du Christ " dans la puissance et la cohérence des Evangiles à l’état brut, la charité et la violence des écrits apostoliques. Bruckberger ( malgré son gaullisme épuisant ! ) m’a rendu plus de service qu’Aristote, je le dis sans aucun complexe. La routine et la répétition sont la mort de l’intelligence et de l’esprit, l’erreur assurée de l’une et le retrait de Dieu pour l’autre.

Que ce soit pastoralement encore. Il faudrait citer les deux-tiers de nos statuts et je vous invite à les lire. Il sont empreints de toute la compréhension, la mansuétude, la miséricorde fraternelle que des frères d’armes se doivent réciproquement pour honorer la houlette de Celui qui les rassemble : le Bon (beau)-Pasteur. C’est là, et seulement là, qu’on pourra toujours légitimement nous reprocher de n’en faire pas assez et, disons-le, de manquer à nos statuts. j’y veille. La forte personnalité de mes confrères n’a jamais été pour m’inquiéter, bien au contraire ; pourvu qu’évidemment elle soit exercée là même et principalement où elle culmine : dans la bienveillance, la douceur, l’indulgence. Que chacun s’examine et que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre à l’un de mes confrères ! J’ai toujours eu viscéralement et instinctivement l’horreur de l’esprit ecclésiastique et j’ai rédigé les statuts de l’Institut pour que n’y règne jamais cette méchanceté, ces magouilles cléricales, ces dénigrement par derrière, ces " ah, si vous saviez " ou ces " c’était à prévoir " que j’ai rencontré un peu partout. Cherchez-moi ça dans l’Evangile ! Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Mais au moins nos statuts nous interdisent évidemment et toute paresse et toute méchanceté, de sorte qu’un prêtre du Bon-Pasteur saurait, à Dieu ne plaise, qu’il y manque gravement à se laisser aller à ce qu’il faut bien appeler par leur nom : ces turpitudes cléricales. J’ai trop vu de ces remontrances qui " filtraient le moucheron et avalaient le chameau " pour m’y adonner. Quant aux divers précisions pratiques que comportent ces statuts, je citerai le Seigneur : " il fallait faire ceci, sans omettre cela".

Que ce soit politiquement, enfin. Dès lors que le Saint-Siège nous a fait l’honneur de nous reconnaître (et même s’il ne l’avait pas fait ! ) notre position ne peut-être autiste. Elle est résolument adaptée aux événements, joyeux ou douloureux, qui ponctuent la vie de l’Eglise. Elle ne se conforme pas au mal mais ne peut l’ignorer. Comme la charité " elle ne prend pas plaisir à l’injustice mais elle se réjouit de la vérité ". Pas plus qu’on ne lui fera avaler l’immangeable, pas davantage nous tairons les évolutions magnifiques et inespérées de ces dernières années. Vous me direz qu’il n’y a rien là d’extraordinaire et que c’est l’expression du bon-sens. Oui, certes, mais certainement pas le mieux répandu du monde ! Les idéologies sont encore bien vivaces, hélas. A gauche comme à droite. On peut toujours rêver les yeux ouverts que la crise que traverse l’Eglise est finie (allons-donc, ça se saurait) ou qu’elle ne soit pas soluble et partant qu’’il n’y a rien à faire qu’à rester chez soi, bien enfermé. Nous tenons le chemin de crête entre ces deux gouffres et ceux qui veulent nous faire chuter, à droite comme à gauche, perdent leur temps. L’I.B.P. c’est tout sauf la politique de l’autruche : lucidité et hardiesse.

Vous voyez combien nous sommes différents !

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