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Géométrie variable ?

samedi 7 juin 2008, par Le secrétaire

Monsieur l’Abbé,

On entend dire un peu partout que l’obstacle principal à l’application du Motu Proprio serait…les traditionalistes ! Et en particulier les instituts comme le vôtre qui ne pratiquent pas la célébration (ou la concélébration) de la forme ordinaire.

J’aimerais vraiment avoir votre avis sur ce sujet.

Bravo pour le travail que vous faites !

C.Dufour - Metz


Géométrie variable ?

7 juin 16:04, par Abbé Philippe Laguérie

Cher Monsieur,

Voilà bien longtemps que je voulais sortir de ce silence et je vous remercie de votre question qui m’y provoque, tant sur le fond que par sa forme dialectique, très appréciée. D’autant que la chose est d’une facilité extrême, tant la doctrine catholique sur ce point est précise, nette et récemment étayée. Merci beaucoup.

Qu’il soit besoin à un prêtre catholique qui, non plus par indult, mais par le droit le plus manifeste et récent de l’Eglise Romaine, célèbre habituellement ou toujours la forme extraordinaire du rite romain, de célébrer aussi, à l’occasion, la forme ordinaire de ce même rite, dans le but de manifester une communion supplémentaire me paraît tout simplement un camouflet théologique. Et facilement démontable comme tel, jugez plutôt. C’est aussi une mauvaise dialectique dans laquelle s’aventurer est la preuve d’un rejet pur et simple du Motu Proprio et de la volonté expresse du pape régnant.

1/ Si le Motu Proprio comporte une thèse forte par excellence, c’est bien celle-là : il n’y a qu’un seul rite romain qui subsiste en deux formes, équivalentes en droit. Dès lors, introduire une distinction d’effets entre la forme ordinaire ou extraordinaire, l’une manifestant davantage la communion ecclésiastique que l’autre, est directement contraire, non seulement à la pensée du Pape mais à la théologie catholique ; qui correspondent par principe, faut-il le rappeler à certain théologien ? Les deux formes de l’unique rite romain ne sauraient se distinguer, par leur promulgation, par leur validité donc et, partant, par leurs effets au niveau de la communion ecclésiastique. Soutenir le contraire remet en cause, dans un cas comme dans l’autre, l’Autorité de l’Eglise Romaine et l’on a peine à imaginer que quelque théologien puisse s’y aventurer…Vouloir forcer quelque prêtre que ce soit à manifester une communion supplémentaire, que ne comporterait pas, de soi, la forme extraordinaire est un abus manifeste d’Autorité. Ceux qui le commettent devraient songer à son pendant : exiger de tout prêtre qui célèbre la forme ordinaire du rite romain de célébrer de temps à autre l’autre forme pour manifester une communion qu’il n’aurait pas tout à fait. Avons-nous jamais exigé une pareille chose ? Contestons-nous la communion des évêques et des prêtres qui ne célèbrent jamais la messe traditionnelle ? Aurions-nous l’audace téméraire de l’exiger d’eux ? Au moins sachez-nous gré d’une cohérence théologique dont d’autres se dispensent allégrement.

2/ Le droit canon n’y trouve pas non plus son compte, qui affirme clairement en son canon 902 qu’un prêtre n’est jamais tenu de concélébrer : « Etant respectée pour chacun la liberté de célébrer individuellement ». Et comment le droit canon de l’Eglise Catholique pourrait-il dispenser tout à fait les prêtres d’une pratique qui serait nécessaire à leur pleine communion ? Poser la question c’est évidemment y répondre…Et le même canon de préciser que la concélébration ne saurait se pratiquer si « l’utilité des fidèles ne requière ou ne conseille autre chose… ».

3/ Les uniates de tous rites dans l’Eglise catholique seraient-ils tenus de manifester aussi leur communion par la célébration de la liturgie promulguée par le Pape Paul VI ? Il y a longtemps que ça se saurait ! Grecs, Melkites, Coptes, Syriaques, Slavons, Maronites etc…devront-ils demain manifester leur communion ainsi ? Il faudrait d’abord oser le leur demander. Quant à la réponse, il me semble qu’elle ne serait pas très courtoise.

4/ Une telle thèse malmène à l’évidence le Concile Vatican II lui-même qui affirme (Sacrosanctum Concilium I, 4) que les rites reconnus sont égaux en droit et en dignité et que cette diversité est une richesse : « l’Eglise (…) ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique » (idem III 37. Là encore, vouloir réduire l’ensemble des célébrations à une forme unique, loin de manifester la communion, est plutôt de nature à la rendre incertaine et problématique.

5/ Cette thèse est contraire à la volonté du pape régnant, souvent exprimée. Je songe, entre autre, au petit mot envoyé par la Secrétairerie d’Etat aux obsèques de Don Gérard où il est dit au nom du Pape (c’est lui qui parle) qu’ « Il rend grâces pour l’attention de dom Gérard à la beauté de la liturgie latine, appelée à être toujours davantage source de communion et d’unité dans l’Eglise ».

6/ Le Bon Pasteur peut se prévaloir, tant dans ses statuts que dans son décret d’érection, d’une liberté contraire à cette exigence supplémentaire, il est vrai. Mais l’argument ne vaut pas uniquement pour les prêtres qui ont l’honneur de lui appartenir. Si Rome approuve ces directives qui accordent et imposent cette unicité de la forme extraordinaire, on ne saurait dès lors imposer à ceux-là une obligation théologique supplémentaire dont ceux-ci seraient dispensés !

7/ Il y aurait enfin de nombreux arguments pastoraux à développer ; je n’en retiendrai aujourd’hui qu’un seul. Je songe à ces nombreux prêtres de la Fraternité saint Pie X que manifestement Rome, et le Cardinal Castrillon-Hoyos en particulier, avec sa patience et sa bonté légendaires, veut ramener au bercail. Avouez que cette exigence de dernière minute serait tout à fait impropre à les amadouer et les conforterait plutôt dans leurs positions.

Recevez,cher Monsieur, ma bénédiction.


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